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Poème de Daniel Etoc

Le mois de novembre est le mois où l’on se recueille, où l’on pense à nos chers disparus (parents, amis..) sans oublier l’hécatombe de la guerre 14/18 : commémoration du 11 novembre à laquelle je participe chaque année.

 

A ma mère

Le Passage

 

Déjà tu nous quittais, tu n’étais plus chez nous…
Tu avais renoncé aux biens de cette vie
Où tout est vanité.
Tu étais loin, très loin, proche d’un monde invisible
D’où surgit la lumière.
Ta voix était murmure…
Du doigt, j’ai effleuré ton front brûlant et tes yeux clos.
Etouffant un sanglot,
J’ai posé sur ton drap, auprès de tes mains jointes,
Mon cahier de poèmes.

 

 

A celles et ceux qui ont perdu un être cher

L’arbre qui pleure

 

Tout près de mon village, à l’orée des grands bois,

Le champ triste m’attend. Là, reposent les miens.

Très souvent, ils m’appellent ; j’entends leurs chères voix

Et vais me recueillir pour mendier leur soutien.

 

Au pied du mur ombreux où s’alignent les tombes,

Un chêne séculaire enserre de ses branches

Ceux qui dorment en paix sous la terre féconde.

Tendrement, ses rameaux vers les défunts se penchent.

 

Récemment, l’émondeur a taillé sa couronne ;

Et par les vives plaies de ses moignons meurtris,

Ce géant mutilé pleure en ce soir d’automne :

La sève de sa vie goutte à goutte s’enfuit.

 

A mes chagrins de femme, il a mêlé ses larmes ;

Ce bel arbre blessé, prince de ce domaine

Souffre en gémissant, ému par mes alarmes.

La Nature compatit aux souffrances humaines.

 

Maurice GENEVOIX, héroïque combattant de 14/18, prodigieux écrivain, au Panthéon

Au terme de la première guerre mondiale, les pertes humaines sont d’une ampleur jamais atteinte : 8 millions d’européens sont morts. La France déplore 1 400 000 tués, 200 000 mutilés. Parmi les vicimes, on compte beaucoup de jeunes gens de la campagne mais aussi des hommes illustres, des écrivains qui ont vécu cette folie meurtrière. Certains sont morts au combat : Péguy, Henri Alain Fournier, Louis Pergaud… d’autres qui ont vécu l’enfer ont témoigné dans des ouvrages remarquables : Roland Dorgelès (Les croix de bois) – Henri Barbusse (Le feu) – Erich Maria Remarque (A l’Ouest rien de nouveau) enfin Maurice Genevoix (l’auteur de Ceux de quatorze)

Ce dernier est un écrivain admirable : brillant normalien, prix Goncourt (Raboliot). La guerre s’était arrêtée pour lui sur la butte des Éparges le 25 avril 1915 en fin de journée : Un tirailleur allemand logea deux balles dans le bras et une troisième dans l’épaule gauche du jeune homme de 25 ans.

Le lieutenant Genevoix allait devenir l’écrivain Maurice Genevoix, chantre de la Nature (Sologne) des bords de la Loire, des gracieux animaux qui peuplent nos belles forêts. Toute sa vie, il n’aura cessé de témoigner.

Il a écrit :

J’ai vu les yeux s’éteindre dans le tumulte des champs de bataille, ceux de l’école de ma bourgade avec lesquels j’avais appris à lire, ceux du lycée, ceux de Normale, enthousiastes, fraternels, un à un fauchés dès la première année du conflit.

Mes camarades, il faut avoir senti la brutalité effrayante d’un percutant qui éclate, avoir entendu pendant des heures monter les gémissements du blessé, avoir tenu contre soi un garçon de vingt ans, la minute d’avant sain et fort, qu’une balle à la pointe du cœur n’a pas tué en le frappant et qui meurt, sans une plainte, les yeux ouverts et le visage paisible, mais de lentes larmes roulant sur ses joues…

Vous étiez là mes camarades.

Maurice Genevoix au Panthéon, c’est aussi tous les combattants de 14/18 qui seront honorés à ses côtés par ce terrible souvenir.

Daniel Étoc